Au début du XXe siècle, l’écrivain algérianiste Musette, de son vrai nom Auguste Robinet, fut l’un des tout premiers à écrire cette langue naissante, et d’abord uniquement parlée, dans les aventures de son héros Cagayous, sorte de Gavroche algérois, malin et truculent. D’autres lui emboîtèrent le pas, illustrant les particularismes locaux : Edmond Brua dans les Fables bônoises et la Parodie du Cid, Gilbert Espinal dans ses Chroniques oranaises que la radio diffusa pendant des années, ou encore Geneviève Baïlac dans la Famille Hernandez, partie d’Alger et emportée en métropole par les « événements ». L’un des plus grands écrivains fran­çais, le Pied-Noir Albert Camus, prix Nobel de littérature, donna même ses lettres de noblesse au pataouète en n’hésitant pas à l’utiliser dans ses œuvres :

À Alger, on ne dit pas « prendre un bain », mais « se taper un bain ». N’insistons pas. On se baigne dans le port et l’on va se reposer sur des bouées. Quand on passe près d’une bouée où se trouve déjà une jolie fille, on crie aux camarades : « Je te dis que c’est une mouette ! » (L’Été, Gallimard, 1959).

Si le pataouète est la langue des Européens d’Algérie des faubourgs et du bled, il faut aussi mentionner l’existence du sabir, parler des Arabo-Berbères prati­quant la langue française. Il s’agit là davantage d’un accent que d’une langue en création, même si des mots arabes s’y mêlent. Bien des Pieds-Noirs des campagnes s’exprimaient avec un accent empruntant autant au pataouète des villes qu’au sabir des champs. Et bien des mots et expressions arabes se glissaient dans leurs phrases.

Avec le temps, pataouète et sabir se seraient sans doute encore rapprochés pour finir par ne plus faire qu’une seule langue dont la formation aurait certaine­ment été accélérée par la mobilité croissante des per­sonnes et le développement des moyens de commu­ni­cation qui ont marqué la fin du XXe siècle.

Librairie Pied-Noir - Le Pataouète

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